dimanche 19 avril 2020

Le corps de l'acteur

"...Les manières de se sentir immobile sur une scène sont nombreuses. Dans ce travail-là comme dans le mouvement, je ne sollicite pas la pensée qui impose l'être comme nécessité alors que le corps recèle tant d'immobilités naturelles. Par exemple, une position particulière du bassin, différente du reste du corps me permet de rester immobile. Un musicien n'a pas besoin nécessairement de penser au message qu'il veut faire passer lorsqu'il joue. En revanche il porte une attention intense au rythme et aux couleurs des notes. Je ne me concentre pas sur ce que je veux dire, mais sur ce que je veux faire. Le corps est une somme, une gamme qu'il faut connaître sur le bout des doigts...
La répétition c'est  pour moi la recherche des possibles...La répétition est l'unique manière que j'ai trouvée pour découvrir tout le temps les nouvelles ouvertures que peut offrir le corps et pour raffiner, raffiner, raffiner...."


Pippo Delbono - Le corps de l'acteur ou la nécessité de trouver un autre langage.



A demain !

samedi 18 avril 2020

Et si tous en chacun



"Des nomades campent dans mes yeux. Les feux qu'ils allument, ce sont les livres que je lis.

Une petite fille mange du chocolat. Il y a plus de lumière sur le papier d'argent enveloppant le chocolat que dans les yeux des sages.

Le livre que je tiens entre mes mains se met parfois à sourire,

J'apprends que je suis vivant. Je dois cette bonne nouvelle à l'air qui circule sous une phrase en faisant flotter ses mots, très légèrement au-dessus de la page...."

Christian Bobin - La grande vie


"Et si tous en chacun
Va-et-vient réciproque
Que serait l'un sans d'autres ?"

Haïku de Yves Pagès


A demain !

vendredi 17 avril 2020

Le corps en scène

"...Il faut commencer par écouter. C'est une des choses les plus importantes. Ecouter les rythmes en soi, écouter les sons autour de soi, derrière soi. Ensuite, on continue, à partir de cette écoute. Lorsqu'on doit parler ou bouger, on prend alors conscience de l'espace autour de soi...
Je crois que le texte c'est quelque chose que l'on entend. Il faut commencer par ce qui est simple et ensuite on peut décomposer le texte. C'est alors que l'on trouve à l'intérieur du texte, différentes idées. A la fin, lorsqu'on le présente, il faut espérer que cela soit simple à nouveau. Mais la surface en sera différente parce qu'on sera passé par ce long processus de recherche et d'analyse. Néanmoins, on doit pouvoir s'en libérer et se demander ce qu'on est en train de dire. La situation demeure ouverte. On peut donner l'indication d'une émotion ou d'une attitude, mais il ne faut pas trop insister là-dessus. C'est pour cela que je préfère le formalisme, parce qu'on présente des idées avec distance. Il y a un temps pour la réflexion, un temps pour la pensée.
...Je pense que l'énergie est une construction de l'espace-temps. Il ne faut jamais montrer le degré de difficulté de ce que l'on fait sur scène. Parfois on a besoin de plus d'énergie pour accomplir certaines choses qu'à d'autres moments. A travers la répétition de ce que l'on fait on acquiert une plus grande conscience dans le travail..."


Robert Wilson - Entretiens - Tome 2 - Mise en scène et Jeu de l'Acteur - Josette Féral.


Merci Sylvie pour le beau poème de J.Fosse dans les commentaires pour le texte d'hier. Pouvez-vous lire les commentaires laissés par les autres ?
Nous vous souhaitons une belle fin de soirée et une nuit étoilée.

A demain

jeudi 16 avril 2020

Jon Fosse et l'indicible au Théâtre


"...Je comprends si peu de choses. Et à mesure que les années passent j’en comprends de moins en moins. Cela est vrai. Mais le contraire est également vrai, à mesure que les années passent je comprends de plus en plus de choses. Oui, il est également vrai qu’à mesure que les années passent je comprends beaucoup de choses, tant de choses que j’en suis presque effrayé. Le fait est que je suis découragé devant le peu de choses que je comprends et presque effrayé devant la masse de choses que je comprends. Comment se fait-il que les deux puissent être vrais, que je puisse à la fois comprendre de moins en moins et de plus en plus ?
La pensée réfléchie nous dira sans doute alors que comprendre peu de choses c’est aussi en comprendre beaucoup, et je crois qu’en un sens, peut-être au sens gnostique du terme, c’est vrai, à moins que cette même pensée réfléchie nous dise qu’il y a deux sortes de compréhension. Et peut-être est-ce ainsi, peut-être peut-on dire tout simplement qu’à travers cette forme de compréhension qui a recours aux concepts et à la théorie je comprends de moins en moins, et que la portée de cette forme de connaissance me paraît de plus en plus limitée, tandis qu’à travers cette autre forme de compréhension qui a recours à la fiction et à la poésie je comprends de plus en plus…
Le découragement me gagne . Et de nouveau, comme lorsqu’on avait douze ans, on se réfugie dans l’écriture. Ce lieu que l’on s’est créé dans la vie, ce lieu où, renonçant aux concepts et aux théories comme au consensus social et ses hiérarchies de valeurs, on cherche à s’approcher d’un endroit où on ne comprends pas, d’une absence presque totale de compréhension, et à partir d’où, par le mouvement et le rythme ou je ne sais quoi, on essaie de faire surgir quelque chose qui est seulement et qui de ce fait est aussi une sorte de compréhension, pas une compréhension qui correspondrait à tel concept ou à tel autre, à telle théorie ou à telle autre, mais une compréhension qui fait que le langage signifie tour à tour une chose et son contraire, et autre chose encore. Le lieu d’où vient l’écriture est un lieu qui sait bien plus de choses que moi, car en tant que personne je sais bien peu de choses, et peut-être Harold Bloom a-t-il raison lorsqu’il dit que le lieu de l’écriture, ce que sait le lieu de l’écriture, ressemble à ce que savaient les anciens gnostiques, à ce qui était à l’origine de leur gnose. Une connaissance qui est de l’ordre de l’indicible. Mais qu’il est peut-être possible d’exprimer par écrit….
Et bien sûr, parler de la gnose de l’écriture n’est qu’une tentative de dire quelque chose à propos de ce que sait l’écriture. Pourtant, sans me considérer comme un gnostique (ni comme qui que ce soit d’autre), il me paraît juste de le dire de cette manière. Et le fait qu’écrire, écrire bien, s’apparente, comme on l’a dit, à une prière, me semble tout à fait évident. Mais cela paraît alors comme une sorte de prière presque criminelle. »
Jon Fosse (texte français Terje Sinding)
Cette année l'atelier textes 1 travaille une scène extraite de "Rêve d'Automne". Petit clin d'oeil à François et à Evangéline et à tous les autres amoureux de théâtre et d'indicible.
Restons curieux et éveillés.
 à demain !

mercredi 15 avril 2020

Tiens-toi tout près du brin de paille...

 
Notes sur la beauté des choses

...Tiens-toi tout près du brin de paille, du chant d'oiseau, et de la fleur qui tremble au vent... Car ce sont choses sûres. Et c'est par là que s'ouvrent les portes qui te mènent au coeur de la nuit. C'est par là qu'il faudra passer le jour venu en courbant légèrement le dos.

Jean-Michel Maulpoix


Caillou

Mon caillou préféré
est un caillou troué
le poème qui ne vient pas
vaut bien celui qui vient
à tout prendre
ne prends rien
le peu qu'il restera
recueille-le dans ta main




Pensons-y

Le pingouin
ne nage pas dans l'eau
il vole



Thomas Vinau


Merci encore  pour vos mots, vos encouragements, et le partage. Ils sont très stimulants et invitent à poursuivre. Dans l'attente de les lire.
A demain.

mardi 14 avril 2020

Où en est le théâtre de Copi aujourd'hui ?

Copi Portrai

« Trente ans plus tard, la seule question à se poser était : où en est Copi aujourd’hui ? 

Très vite, tout de suite, est arrivée la réponse rassurante. 
Aujourd’hui, « l’enfant pornographe » dérange moins que l’homme de tous les exils, celui qui regarde, qui sait et qui se moque. 
Il n’a rien perdu de sa tranquille virulence, ni de son charme. 
Son humour, sa familiarité avec la mort, son intelligence, sa pureté, sa lucidité politique ont traversé le temps, ont gardé leur impact (…) 
Fasciné par ce personnage secret, Marcial Di Fonzo Bo a voulu le connaître, et a décidé de le raconter, d’amener les spectateurs au-dedans de son monde instable, tendre et impitoyable (…)


...Alors, d’Eva Peron, personnage shakespearien entre Lady Macbeth et Caliban, en lutte contre le cancer, son infirmière et sa mère, jusqu’à Loretta Strong, cosmonaute enfermée dans sa capsule avec son rat, le spectacle suit le parcours sensible de Copi, depuis le rêve d’exil comme symbole de liberté, jusqu’à l’exil en forme de solitude dans l’infini du ciel et de la mort (…) Copi a beaucoup joué Loretta Strong, un peu partout – et même en Italie dans une version pour enfants ! Il disait ne pas parvenir à tuer le personnage, et c’est pour s’en débarrasser qu’il a écrit le Frigo. Son dernier rôle (…) 
Lorsque Marcial Di Fonzo Bo endosse la robe d’Eva Peron, lorsqu’il traverse la salle dans la dépouille de Loretta Strong, se produit une sorte d’alchimie. Comme si le mort et le vivant se rencontraient au centre d’un espace indéfini. L’espace du théâtre où renaît l’esprit de Copi, son sourire, sa poésie. »


Colette Godard - 2000


J'aime ma maison
la préface est dans l'escalier
j'écris par la fenêtre
des arbres délicieux
j'ouvre les fleurs
je féconde les murs au pinceau - c'est plus sûr-
j'aime ma maison
le paradis c'est derrière les paupières
j'achète le noir du noir
et la nuit n'est pas étonnée
je prépare mon intérieur
une maison pour demain
j'achète aussi des murs de lumière
des étages de rédemption
des souris confites dans des boîtes Tupperware
des lits de verre et des plafonds d'eau
j'aime ma maison
j'achète le noir du noir
et la nuit n'est pas étonnée
je défroisse mes anges
je nourris mes fantômes
à la première gare
je mets sur pause
puis retrouve mes compagnons
des faubourgs du corps
larves sauterelles paramécies
ils sont tous là
dans ma maison que j'aime
mais petit à petit
en catimini
la maison se grippe et griffe
la maison s'énerve et s'emballe
et m'aboie :
Entrez le code pour prouver que vous êtes humain,
Entrez le code pour prouver que vous êtes chez moi"...

Laure Cambau

A demain.















lundi 13 avril 2020

Le théâtre des idées - Electre de Sophocle

"Pourquoi Electre ?

L'oeuvre se situe à deux niveaux. Au niveau du sacré  et du politique, ou plutôt à celui d'une idée religieuse de l'histoire. Clytemnestre en assassinant Agamemnon, n'a pas seulement tué son mari, elle a commis un sacrilège, bouleversé l'ordre civique : sa mort et celle d'Egisthe peuvent seules rétablir l'ordre, effacer le sacrilège.

Faut-il qu'un homme soit tué pour un autre ? Le crime doit-il engendrer le crime ? Telles sont les questions que nous posent Sophocle...

On pense aussitôt à toutes sortes de situations contemporaines, politiques, historiques, où une légitimité a été usurpée, ou on essaie de la rétablir. Il est donc facile de relier ce schéma général à une situation quotidienne.
Il y a autre chose. Le mythe contient un dialogue incessant du mort avec le vif, de la mort avec la vie....

Dans le travail que je fais, en particulier sur Electre, il y a toujours un élément de recherche... Autrement dit, on montre non seulement ce que les personnages font, mais ce qu'ils pensent, ou rêvent, et ce que nous pensons à propos de ce qu'ils font. Et cela n'est pas du tout étranger à la tragédie. Sophocle raconte lui-même ce qu'il y a dans la tête des personnages...."

Antoine Vitez - Le Théâtre des Idées


Particulièrement dédié à l'atelier Textes 1. Et à tous les autres.


Bonne journée.
A demain !